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_________Dans son immense et inimitable bonté, Pétronie, un jour, recueillit un petit lapin blanc adorablement mignon et, plus tard, incroyablement croustillant. La pauvre bête gisait à même le sol, trempée, blessée, ensanglantée, et même assassinée. Pétronie le ramena donc chez elle à l'aide d'un bâton, préférant souffrir mille maux que de se salir les mains à toucher tant de souillures. Dans son infinie sagesse, l'enfant soigna l'animal et, avec une originalité sans égal, le nomma « Lapinou ».
_________Lapinou était un petit plaisantin. Il mordait, griffait, urinait dans les draps, et, même, parfois, mangeait des enfants. Mais Pétronie l'aimait pour sa beauté, non pour sa personnalité, alors tant de mesquinerie lui était bien égal. Aussi en prenait-elle soin presque aussi bien qu'une mère aurait pu prendre soin de son enfant.
_________Lapinou était devenu la vie de Pétronie. Elle s'endormait auprès de lui, la nuit, le serrant très fort dans ses bras, de peur qu'il ne tente de s'échapper comme il le faisait souvent. Pétronie lui apprit à chasser les souris, de manière à ce qu'il se rende utile. Mais plutôt que de courir à sa besogne, l'animal courait à sa liberté, voyant déjà les prairies, les forêts, la savane. Cependant Pétronie l'interceptait toujours à temps, si bien que Lapinou regardait avec désarroi et l'½il humide s'éloigner de lui ses prairies, ses forêts, sa savane.
_________Et il se retrouvait à son point de départ. Car Lapinou était, bien évidemment, le seul et unique ami de Pétronie. Quand celle-ci était de corvées ménagères, Lapinou élaborait moult plans soigneusement rédigés sur les papiers roses parfumés à la fraise de sa maîtresse, et qui lui auraient permis de s'évader. Mais Pétronie les trouvait, et avait vite fait de les brûler à petits feux. Si bien que notre pauvre Lapinou restait prisonnier des griffes de notre délicieuse Pétronie et de sa tante Justine, laquelle semblait toujours attendre l'été avec impatience pour infliger à Lapinou la pire humiliation qui soit : elle le tondait sous toutes ses coutures. Si bien que le lapin gambadant dans la maison aurait pu être confondu avec ce cher Gollum que nous aimons tant.
_________Pourtant, un jour, Lapinou y accéda à sa liberté, malheureusement pas comme il l'aurait souhaité. Ce jour-là était le tout premier jour d'été. Si tôt les premiers rayons de soleil au zénith, tata Justine bondit sur ses trois pieds, et courut d'un pas si rapide qu'elle aurait pu rattraper un coureur professionnel. Elle fonça donc, jusque la chambre de Pétronie.
_________Lorsque l'enfant se réveilla, elle fut d'abord terrorisée par le scalpel de sa tante, sans compter sur le sourire sadique que cette dernière lui adressait. Puis Pétronie comprit que c'était pour Lapinou qu'elle était là, alors elle desserra son étreinte afin que sa tante puisse le porter. Mais, comme toutes les autres matinées, si tôt Pétronie l'avait-elle relâché, Lapinou bondissait comme un jaguar et se mettait à courir, courir, aussi vite que ses quatre pauvres petites pattes le lui permettaient, tentant une énième fois de s'échapper. Vainement, bien entendu. En quelques enjambées, tata Justine l'avait rattrapé par la peau des fesses et entraîné avec elle dans la salle de bain. Lapinou ne comprenait d'ailleurs jamais pourquoi tata Justine aimait tant le laver ainsi avant de le tondre. C'était inutile, puisque d'ici quelques minutes, il se trouverait aussi nu qu'un ver.
_________Mais ce jour-là, Lapinou avait décidé de tout mettre en ½uvre pour ne point être tondu. Il usa de toutes les armes que Mère Nature avait daigné lui donner : il mordit, griffa, pleura, supplia, chanta l'Ave Maria. Rien n'y fit. Ensanglantée, blessée, hébétée, tata Justine entra finalement dans une fureur monstre. Elle se saisit de la pelle du jardin qui, par le plus grand des hasards, se trouvait dans la baignoire, et passa à tabac la pauvre bête. Tant et si bien que l'animal eut le temps de mourir trois fois. Lapinou ne se releva jamais.
_________Tata Justine fut bien embêtée après ça. Qu'allait-elle faire ? Comment l'annoncer à Pétronie ? Inventer un mensonge et prétendre que Lapinou s'était échappé ? Non, Pétronie ne croirait jamais une telle chose ; elle savait que Lapinou n'aurait pu tenter de s'évader. C'était tout bonnement le fait le moins probable en ce monde. Alors, tata Justine haussa les épaules. Fidèle à elle-même, elle décida tout d'abord de le tondre ; il s'agissait d'une priorité majeure. Quant au fait qu'il soit mort, elle aviserait plus tard.
_________Le soir, au dîner, Pétronie mangea goulûment le plat que lui avait concocté tata Justine. Des patates sautées dans tous les sens, accompagnées de crème fouettée et d'une viande tout bonnement succulente. Elle commença par complimenter sa chère tante sur la qualité de sa nourriture. Tata Justine eut un énigmatique sourire, semblant étrangement satisfaite que le repas lui ait plût.
_________Bientôt, Pétronie finit par s'inquiéter de l'absence prolongée de Lapinou. Tata Justine se vu contrainte de lui avouer que, contrairement à ce qu'elle avait prétendu, Lapinou n'était point chez le toiletteur. Quand Pétronie insista pour en savoir davantage, tata Justine, mal à l'aise, se mit à fixer d'une bien étrange manière les restes de la carcasse, qui mijotait fièrement au milieu des petits pois cuisinés avec amour.
_________Lorsque Pétronie suivit son regard, elle poussa un cri d'effroi. Autour de ce qu'il restait du cou à moitié dévoré et soigneusement cuit à point, l'enfant reconnut le magnifique ruban rouge qu'elle avait elle-même acheté et que Lapinou portait depuis quelques années déjà.
_________L'angoisse monta. Que faisait donc le ruban de Lapinou sur les restes de cette viande décharnée – quoique succulente, il fallait l'admettre ? Pétronie n'eut pas de réponse. En réalité, elle en avait nullement besoin. L'enfant comprit immédiatement, au regard de tata Justine. Quand la fillette porta la main à sa bouche d'un air dégoûté, tata Justine se vit dans l'extrême obligeance de dire quelque chose.
_________Elle commença par prier Pétronie de ne point lui jeter ces regards assassins, qui, en plus de l'insupporter, étaient tout ce qu'il y avait de plus pathétique : comme si le fait de la dévisager si méchamment allait y changer quelque chose. Ensuite, tata Justine lui conta comment elle avait écourté la vie de son lapin trois fois consécutives, avant qu'il ne s'éteigne complètement. Après cela, elle lui narra dans les moindres détails la manière dont elle l'avait lavé, puis rasé, poils par poils, ce qui, bien évidemment, constituait la partie la plus intéressante et la plus importante de l'histoire. Après une heure et demi, l'épopée du rasage arriva à son terme. Et finalement, tata Justine finit par admettre qu'après avoir tué et rasé Lapinou, elle l'avait soigneusement cuisiné pour le dîner. Donc, en conclusion, Lapinou n'était effectivement point chez le toiletteur, mais dans leurs estomacs respectifs.
_________Pétronie cria. Comme elle n'avait jamais crié. Puis elle vomit. Comme elle n'avait jamais vomi. Elle vomit ainsi dans son assiette le pauvre Lapinou, ou plutôt ce qu'il en restait. En effet, le lapin était à présent réduit à un liquide d'une couleur verdâtre et à l'odeur nauséabonde. On était loin, vous vous en doutez, de l'adorable petit lapin que Pétronie serrait fort dans ses bras en s'endormant le soir.
_________Lapinou était un petit plaisantin. Il mordait, griffait, urinait dans les draps, et, même, parfois, mangeait des enfants. Mais Pétronie l'aimait pour sa beauté, non pour sa personnalité, alors tant de mesquinerie lui était bien égal. Aussi en prenait-elle soin presque aussi bien qu'une mère aurait pu prendre soin de son enfant.
_________Lapinou était devenu la vie de Pétronie. Elle s'endormait auprès de lui, la nuit, le serrant très fort dans ses bras, de peur qu'il ne tente de s'échapper comme il le faisait souvent. Pétronie lui apprit à chasser les souris, de manière à ce qu'il se rende utile. Mais plutôt que de courir à sa besogne, l'animal courait à sa liberté, voyant déjà les prairies, les forêts, la savane. Cependant Pétronie l'interceptait toujours à temps, si bien que Lapinou regardait avec désarroi et l'½il humide s'éloigner de lui ses prairies, ses forêts, sa savane.
_________Et il se retrouvait à son point de départ. Car Lapinou était, bien évidemment, le seul et unique ami de Pétronie. Quand celle-ci était de corvées ménagères, Lapinou élaborait moult plans soigneusement rédigés sur les papiers roses parfumés à la fraise de sa maîtresse, et qui lui auraient permis de s'évader. Mais Pétronie les trouvait, et avait vite fait de les brûler à petits feux. Si bien que notre pauvre Lapinou restait prisonnier des griffes de notre délicieuse Pétronie et de sa tante Justine, laquelle semblait toujours attendre l'été avec impatience pour infliger à Lapinou la pire humiliation qui soit : elle le tondait sous toutes ses coutures. Si bien que le lapin gambadant dans la maison aurait pu être confondu avec ce cher Gollum que nous aimons tant.
_________Pourtant, un jour, Lapinou y accéda à sa liberté, malheureusement pas comme il l'aurait souhaité. Ce jour-là était le tout premier jour d'été. Si tôt les premiers rayons de soleil au zénith, tata Justine bondit sur ses trois pieds, et courut d'un pas si rapide qu'elle aurait pu rattraper un coureur professionnel. Elle fonça donc, jusque la chambre de Pétronie.
_________Lorsque l'enfant se réveilla, elle fut d'abord terrorisée par le scalpel de sa tante, sans compter sur le sourire sadique que cette dernière lui adressait. Puis Pétronie comprit que c'était pour Lapinou qu'elle était là, alors elle desserra son étreinte afin que sa tante puisse le porter. Mais, comme toutes les autres matinées, si tôt Pétronie l'avait-elle relâché, Lapinou bondissait comme un jaguar et se mettait à courir, courir, aussi vite que ses quatre pauvres petites pattes le lui permettaient, tentant une énième fois de s'échapper. Vainement, bien entendu. En quelques enjambées, tata Justine l'avait rattrapé par la peau des fesses et entraîné avec elle dans la salle de bain. Lapinou ne comprenait d'ailleurs jamais pourquoi tata Justine aimait tant le laver ainsi avant de le tondre. C'était inutile, puisque d'ici quelques minutes, il se trouverait aussi nu qu'un ver.
_________Mais ce jour-là, Lapinou avait décidé de tout mettre en ½uvre pour ne point être tondu. Il usa de toutes les armes que Mère Nature avait daigné lui donner : il mordit, griffa, pleura, supplia, chanta l'Ave Maria. Rien n'y fit. Ensanglantée, blessée, hébétée, tata Justine entra finalement dans une fureur monstre. Elle se saisit de la pelle du jardin qui, par le plus grand des hasards, se trouvait dans la baignoire, et passa à tabac la pauvre bête. Tant et si bien que l'animal eut le temps de mourir trois fois. Lapinou ne se releva jamais.
_________Tata Justine fut bien embêtée après ça. Qu'allait-elle faire ? Comment l'annoncer à Pétronie ? Inventer un mensonge et prétendre que Lapinou s'était échappé ? Non, Pétronie ne croirait jamais une telle chose ; elle savait que Lapinou n'aurait pu tenter de s'évader. C'était tout bonnement le fait le moins probable en ce monde. Alors, tata Justine haussa les épaules. Fidèle à elle-même, elle décida tout d'abord de le tondre ; il s'agissait d'une priorité majeure. Quant au fait qu'il soit mort, elle aviserait plus tard.
_________Le soir, au dîner, Pétronie mangea goulûment le plat que lui avait concocté tata Justine. Des patates sautées dans tous les sens, accompagnées de crème fouettée et d'une viande tout bonnement succulente. Elle commença par complimenter sa chère tante sur la qualité de sa nourriture. Tata Justine eut un énigmatique sourire, semblant étrangement satisfaite que le repas lui ait plût.
_________Bientôt, Pétronie finit par s'inquiéter de l'absence prolongée de Lapinou. Tata Justine se vu contrainte de lui avouer que, contrairement à ce qu'elle avait prétendu, Lapinou n'était point chez le toiletteur. Quand Pétronie insista pour en savoir davantage, tata Justine, mal à l'aise, se mit à fixer d'une bien étrange manière les restes de la carcasse, qui mijotait fièrement au milieu des petits pois cuisinés avec amour.
_________Lorsque Pétronie suivit son regard, elle poussa un cri d'effroi. Autour de ce qu'il restait du cou à moitié dévoré et soigneusement cuit à point, l'enfant reconnut le magnifique ruban rouge qu'elle avait elle-même acheté et que Lapinou portait depuis quelques années déjà.
_________L'angoisse monta. Que faisait donc le ruban de Lapinou sur les restes de cette viande décharnée – quoique succulente, il fallait l'admettre ? Pétronie n'eut pas de réponse. En réalité, elle en avait nullement besoin. L'enfant comprit immédiatement, au regard de tata Justine. Quand la fillette porta la main à sa bouche d'un air dégoûté, tata Justine se vit dans l'extrême obligeance de dire quelque chose.
_________Elle commença par prier Pétronie de ne point lui jeter ces regards assassins, qui, en plus de l'insupporter, étaient tout ce qu'il y avait de plus pathétique : comme si le fait de la dévisager si méchamment allait y changer quelque chose. Ensuite, tata Justine lui conta comment elle avait écourté la vie de son lapin trois fois consécutives, avant qu'il ne s'éteigne complètement. Après cela, elle lui narra dans les moindres détails la manière dont elle l'avait lavé, puis rasé, poils par poils, ce qui, bien évidemment, constituait la partie la plus intéressante et la plus importante de l'histoire. Après une heure et demi, l'épopée du rasage arriva à son terme. Et finalement, tata Justine finit par admettre qu'après avoir tué et rasé Lapinou, elle l'avait soigneusement cuisiné pour le dîner. Donc, en conclusion, Lapinou n'était effectivement point chez le toiletteur, mais dans leurs estomacs respectifs.
_________Pétronie cria. Comme elle n'avait jamais crié. Puis elle vomit. Comme elle n'avait jamais vomi. Elle vomit ainsi dans son assiette le pauvre Lapinou, ou plutôt ce qu'il en restait. En effet, le lapin était à présent réduit à un liquide d'une couleur verdâtre et à l'odeur nauséabonde. On était loin, vous vous en doutez, de l'adorable petit lapin que Pétronie serrait fort dans ses bras en s'endormant le soir.